Les produits laitiers, des amis pour la vie ?

Vous avez forcément entendu ce slogan lancé par des publicitaires et la filière laitière dans les années 80. Selon le PNNS (programme national nutrition santé), il est recommandé de consommer 3 à 4 portions de produits laitiers par jour. Mais pourquoi cette polémique grandissante autour du lait ? Les produits laitiers sont-il nos amis pour la vie ou néfaste pour notre santé ?

Un peu d’histoire

Pendant plus de 7 millions d’années, l’homme n’a pas consommé de lait animal. Nos ancêtres de l’ère préhistorique ne buvaient qu’un seul et unique lait : le lait maternel. Le lait animal est apparu dans notre alimentation il y a 9000 ans avec la domestication des espèces laitières (vaches, chèvres, brebis, ânesse …) principalement sous forme de fromages. Il y a encore 5000 ans, le lait des vaches d’élevage servait principalement à nourrir les veaux. Ce n’est qu’au début du 19ème siècle que l’élevage de vaches laitières débute et connaitra un essor fulgurant après la seconde guerre mondiale.

La consommation de produits laitiers en France

La France représente 17% de la collecte de lait en Europe, ce qui en fait la seconde puissance laitière Européenne.

Scan de la composition du lait de vache

La composition du lait de vache est très éloignée de celle du lait humain. Les humains et les vaches sont deux espèces génétiquement très différentes et le veau a des besoins nutritionnels non comparables à ceux de l’homme.

Le lait de vache est beaucoup plus riche en protéines, en calcium et en acides gras saturés qui sont moins adaptés à la croissance humaine. Les protéines laitières bovines ont une structure différente de celle de la femme et ne sont que partiellement assimilées et digérées par notre système digestif.

 

 

Zoom sur le calcium

Le calcium présent dans le lait animal est l’argument principal des organismes de santé. Il est vrai que les produits laitiers sont chargés en calcium qui est indispensable à la croissance des nourrissons et au bon fonctionnement du squelette ! Le calcium solidifie les os et les dents. Il est recommandé pour un adulte de consommer environ 950 mg de calcium par jour.

Il existe également de nombreuses sources de calcium dans les végétaux et oléagineux :

 

Topo scientifique : l’équilibre intestinal, kesako ?

Pour comprendre les effets des produits laitiers sur notre santé, il faut d’abord appréhender la notion « d’équilibre intestinal ».

L’équilibre intestinal repose sur 3 pilliers :

La muqueuse intestinale : véritable zoo ambulant, elle abrite plus de 450 espèces de bactéries et levures en tous genres ! La nature étant bien faite, nous vivons en parfaite harmonie avec ces petits microbes qui sont indispensables au bon fonctionnement de notre système digestif. La muqueuse (parois fine de l’intestin) sert à assimiler l’eau et les nutriments et empêche les toxines externes d’entrer dans l’organisme. On l’appelle « le second cerveau » car elle compte entre 200 et 600 millions de neurones !

Le système immunitaire : il est invisible à nos yeux mais agit comme un chien de garde, de jour comme de nuit pour guérir et prévenir nos maux du quotidien. Que ce soit pour un rhume, une otite ou un cancer, le système immunitaire est essentiel car il nous défend contre les maladies. Il faut savoir qu’environ 70% du système immunitaire est issu de l’intestin.

La flore intestinale : n’est pas innée et se construit pendant nos 3 premières année de vie. Ce terme désigne les différentes populations de bactéries présentent dans l’intestin. Elle renforce le système immunitaire, prévient les inflammations, assimile les vitamines, régule le transit, digère le lactose, etc.

Vous l’aurez compris, ces 3 pilliers fonctionnent ensemble. Si un seul est perturbé c’est l’équilibre tout entier qui se trouve affaibli et c’est le début des ennuis ! Les parois des intestins ne sont plus étanches et tout le métabolisme s’affole. Alimentation inadaptée, mauvaise mastication, prise d’antibiotiques, déshydratation, manque d’apports en nutriments … Tous ces éléments perturbent l’équilibre et peuvent provoquer une « hyperperméabilité intestinale ».

Ce terme difficile à prononcer signifie que la muqueuse intestinale ne fait plus barrière et laisse passer les toxines, mauvaises bactéries et les protéines. Imaginez une passoire où vous égoutteriez votre riz, si la passoire est à la bonne taille, elle ne laissera passer que l’eau … En revanche, si elle n’est pas adaptée ou fissurée, elle laissera passer les grains de riz directement dans le siphon !

 

 

Les conséquences sont nombreuses et peuvent aller de l’inconfort digestif, ballonnements, troubles du transit, inflammations intestinales aux douleurs musculaires chroniques, asthme, angines, bronchites, eczéma … Les maux varient en fonction des personnes et du niveau de dérèglement de l’équilibre intestinal.

Quel rapport avec les produits laitiers, me direz-vous ?

Et bien, le lait est composé de 2 éléments très difficiles à digérer pour l’organisme humain. Il suffit que notre système digestif ne soit pas au top de sa forme, donc en situation d’hyperperméabilité pour empêcher l’assimilation complète :

  • Trouble-fête n°1 : La protéine de lait de vache

Certaines protéines alimentaires sont particulièrement difficiles à assimiler par l’organisme. C’est le cas des protéines de lait de vache.

Les techniques industrielles récentes de conservation du lait ont modifié sa structure. Historiquement, le lait récolté était bouilli lentement ce qui permettait de rendre les protéines plus digestes pour les enzymes humaines. Le fait de faire bouillir le lait provoquait une réaction chimique appelé « hydrolyse ».

L’hydrolyse pour les plus curieux est la décomposition d’un corps chimique par fixation d’eau. C’est à dire que les protéines de lait de vache sont fractionnées pour permettre une meilleure absorption.

 

Avec les techniques de conservation actuelles, le lait est passé brièvement à très haute température et cela ne permet pas l’hydrolyse. Les protéines conservent alors leur caractère allergène et résistent aux enzymes du tube digestif humain.

La réaction des personnes face aux protéines de lait est très variable. Certaines personnes les digèrent totalement contrairement à d’autres qui en ressentent les effets à chaque fois qu’elles en consomment. Les symptômes sont ceux de l’hyperperméabilité évoqués plus haut.

  • Trouble-fête n°2 : Le lactose

L’intolérance au lactose est a bien différencier de l’intolérance aux protéines de lait. Physiologiquement, notre organisme dispose d’une enzyme capable de digérer le lactose (glucide du lait) qui diminue progressivement en grandissant jusqu’à totalement disparaître vers l’âge de 6 ans, si la consommation de lait est stoppé. En continuant à consommer du lait après cet âge de sevrage, il a été démontré qu’une partie de la population conserve cette capacité de digestion du lactose. En France, on estime en revanche que 30 à 50% de la population est incapable de le digérer après 6 ans. Cette intolérance se traduit par des troubles du transit intestinal et un inconfort digestif à chaque consommation.

Les produits laitiers, des amis pour la vie ?

Les produits laitiers font partie intégrante de la culture Française. Ne sommes-nous pas réputés pour notre fromage ? Malheureusement, une grande partie de la population ne digère plus le lactose une fois adulte ou n’assimilent pas les protéines de lait.

L’intérêt de l’éviction des produits laitiers varie d’une personne à l’autre en fonction de ses troubles et de ses symptômes suite à leur consommation. N’hésitez pas à consulter un professionnel de santé pour faire un bilan et mettre en place une solution adaptée à vos besoins.

Il en va donc du choix de chacun de réduire ou supprimer les produits laitiers en fonction de ses convictions, ses troubles intestinaux ou intolérances. Sachez qu’il existe de nombreuses alternatives végétales (coco, riz, soja, avoine, amandes ..) pour combler ses envies.

Pour conclure, les produits laitiers ne sont pas les amis de tout le monde ! Si vous n’avez aucun problème pour les digérer, et que vous êtes attaché à votre plateau de fromages, privilégiez-les de bonne qualité. Il n’est pas interdit de se faire plaisir tout en gardant à l’esprit que les risques sont dans l’abus.